La pratique artistique accompagne Anna Khann depuis l’adolescence. Elle commence par le dessin et la peinture à l’huile, auprès d’un peintre classique, et apprend à construire une image lentement, par couches successives. Elle découvre le glacis, la profondeur obtenue par la transparence, le temps nécessaire entre deux gestes et la manière dont la lumière peut demeurer à l’intérieur de la matière. Dans les années 1980, elle participe à plusieurs expositions collectives dans la région marseillaise et aixoise, notamment à Allauch, Aubagne, Aix-en-Provence et Marseille.
La peinture la conduit ensuite au volume. Pendant quatre années de pratique en atelier, elle expérimente la sculpture à travers le plâtre, la terre, l’acier et différentes formes d’assemblage. Modeler, retirer, souder, construire : le passage d’un matériau à l’autre devient une manière de chercher et de laisser apparaître les accidents et les résistances propres à chaque matière.
Au fil des années, cette recherche s’élargit à la peinture acrylique, à l’aquarelle, au tissu, au bois, aux objets récupérés et au collage. Aucun médium ne constitue un territoire fermé. Certaines pratiques se succèdent, d’autres reviennent longtemps après avoir été délaissées. Chaque matière conserve quelque chose du geste qui l’a traversée.
Une longue période éloigne Anna Khann des circuits d’exposition, mais non de la création. L’expérimentation continue sans recherche de visibilité ni nécessité de constituer immédiatement une œuvre publique. Les images, les matières, les fragments et les objets demeurent présents. La pratique change de rythme, de support et d’intensité, mais elle ne disparaît pas.
Aujourd’hui, Anna Khann choisit de lui donner toute sa place. Ce choix ne constitue ni un commencement tardif ni le retour vers un passé interrompu. Il rassemble des expériences longtemps dispersées et ouvre un espace dans lequel elles peuvent désormais se rencontrer, se transformer et devenir visibles.
La peinture, la sculpture et le travail manuel demeurent présents dans le regard photographique. Les techniques ne sont pas juxtaposées pour démontrer un savoir-faire : elles sont choisies selon ce que chaque œuvre appelle. Ce qui passe d’une génération à une autre, d’un lieu à ceux qui l’habitent, d’un objet à ses usages successifs ou d’une matière à une nouvelle forme ne demeure jamais intact. Quelque chose se perd, persiste, se déplace et devient autre.
Anna Khann ne cherche pas à refermer les images par une explication. Elle les laisse conserver leur silence, leur tension et leur capacité de transformation.